Depuis plusieurs mois, la crise financière a focalisé l'attention
sur les traders. Accusés d'avoir mis l'économie mondiale à terre en
prenant des positions extrêmement risquées sur les marchés financiers,
ils n'intéressent pas que les médias. Les chercheurs, anthropologues ou
spécialistes des neurosciences s'efforcent eux aussi de comprendre qui
sont ces jeunes et brillants cerveaux. Une étude est publiée
mardi dans les Comptes rendus de l'académie nationale des sciences
américaine (Pnas). Elle révèle que les traders les plus performants de
la City de Londres, ceux qui font les placements les plus rentables,
ont une caractéristique commune pour le moins surprenante : leur
annulaire est beaucoup plus long que leur index. Ce n'est pas
une blague. C'est le résultat d'un travail conduit sur 49 traders de la
City. Et pas n'importe lesquels, ceux qui sont soumis à un stress
maximum et doivent prendre des positions instantanées sur les marchés
boursiers. Des superprédateurs en quelque sorte, capables de prendre
une décision en quelques secondes tout en intégrant de multiples
paramètres. Avant la crise, certains d'entre eux gagnaient jusqu'à plus
de 5 millions d'euros par an. John Coates et son équipe de
l'université de Cambridge ont demandé à ces petits génies de la finance
de leur envoyer l'empreinte de leur main droite sur une feuille. En
analysant leurs résultats financiers, ils se sont aperçus que ceux qui
ont l'annulaire le plus long par rapport à l'index sont ceux qui ont
les meilleures performances et cela sur une longue période. Autrement
dit, la différence de longueur entre les deux doigts, ce qu'on appelle
en anglais le digit ratio, est une caractéristique biologique des bons
traders.
Plus de testostérone
John Coates a
été le premier surpris de ce constat. Lui qui a été trader aux
États-Unis jusqu'en 2001 a entamé cette étude par simple curiosité.
«Elle n'a rien coûté», souligne-t-il. En avril dernier, il avait déjà
montré à l'aide d'un simple test salivaire que la testostérone est le
carburant de ces financiers. Cette hormone masculine produite par les
testicules favorise, en effet, la concentration et la prise de risque.
Les sportifs de haut niveau ont eux aussi des taux plus élevés de
testostérone que la moyenne de la population. Mais cette hormone
masculine est aussi produite au cours des premiers mois de la
gestation. Et les fœtus mâles qui en reçoivent plus au cours de leur
développement ont tendance à avoir un annulaire plus long que la
normale. Chez les femmes, c'est l'inverse qui se rencontre le plus
souvent. John Coates se montre toutefois très prudent. D'abord, l'étude
ne se rapporte qu'à une catégorie de traders. Les banques auraient donc
tort de demander à leurs futures recrues de joindre à leur CV une photo
de leur main droite. Il précise aussi qu'à l'avenir les qualités
demandées aux traders ne seront sans doute pas les mêmes
qu'aujourd'hui. «Les marchés financiers ne sont pas un phénomène
naturel. Ils fonctionnent selon les règles qu'on leur donne.» |