Alphonse Allais disait malicieusement que si la Méditerranée ne
débordait pas, en dépit des grands fleuves qui s'y jettent, c'est que
la providence avait prévu cette catastrophe et avait mis des éponges
dans la mer. Il semble que les éponges marines aient commencé à être
exploitées par les Crétois qui deux siècles avant J.-C. les ramassaient
sur les plages.
On a aujourd'hui recensé plusieurs milliers d'espèces d'éponges et
on sait qu'elles occupent tous les milieux aquatiques, eau douce et eau
de mer, depuis les profondeurs abyssales jusqu'aux zones de surface et
sous tous les climats. Elles existent depuis au moins 600 millions
d'années et ont des propriétés extraordinaires.
Longtemps, on a pensé que les éponges étaient des plantes. La
diversité de leurs formes les fait ressembler à des bosquets, des tas
de branches ou même des arbustes. Mais, en fait, ce sont bel et bien
des animaux. Parmi les plus primitifs peut-être, mais ce sont bien des
animaux pluricellulaires. Les éponges peuvent être très petites ou très
grosses, de quelques millimètres à plusieurs mètres. Elles offrent
également une grande diversité de couleur, du gris au brun en passant
par le bleu, le vert ou le jaune.
Elles n'ont pas vraiment de tissus différenciés et n'ont pas
d'organes, bouche, yeux, cœur, foie, etc., à proprement parler. Elles
ne possèdent pas non plus de système nerveux ou hormonal mais ont
néanmoins quelques cellules nerveuses dispersées dans leur enveloppe.
Une éponge peut être comparée dans sa forme la plus simple à un sac
percé d'une multitude de petits trous avec une ouverture à l'une de ses
extrémités. Le sac est constitué principalement de deux couches de
cellules. La couche externe joue le rôle de peau. L'autre couche,
interne, est formée de cellules munies d'un flagelle, une espèce de
petit fouet que la cellule peut agiter. Entre ces deux couches, on
trouve comme une gelée dans laquelle baignent d'autres cellules, comme
celles capables de fabriquer les spicules qui formeront le squelette de
l'éponge. Ce dernier peut être en calcaire, en silice ou en protéine.
La protéine utilisée par certaines éponges pour édifier leur squelette
s'appelle la spongine. Il s'agit d'une protéine soufrée et iodée,
semblable au collagène : une molécule qui donne résistance et
élasticité à notre peau.
Chez l'éponge, alimentation et respiration sont liées. En agitant
leurs flagelles, les cellules de la couche interne de l'éponge vont
créer un courant permanent d'eau, de l'extérieur de l'animal vers
l'intérieur avant de la faire ressortir. Et les cellules qui baignent
dans ce flux vont prélever directement au passage les nutriments et
l'oxygène dont elles ont besoin. Pour favoriser ces échanges, le
squelette joue un double rôle, physique et biochimique, en créant des
milliers de petites poches hydrophiles, c'est-à-dire qu'elles ont la
capacité d'absorber l'eau. Elles gonflent alors et acquièrent
élasticité et douceur.
Certaines peuvent vivre jusqu'à plusieurs milliers d'années
C'est là le secret de l'utilisation humaine de l'éponge. C'est pour
cela qu'elle éponge. Bien sûr, une éponge tout juste sortie de l'eau
n'éponge rien. Elle est souvent grisâtre et dégage une odeur forte. Il
faut donc la rincer abondamment pour éliminer toutes les substances
organiques. Il faut ensuite la stériliser et la blanchir. Et elle peut
alors finir dans nos salles de bain.
En l'utilisant, pensez que des études ont montré que certaines
pouvaient vivre à de très grands âges, jusqu'à plusieurs milliers
d'années. Ce qui en ferait les animaux, et les êtres vivants, possédant
la plus grande longévité au monde. Un argument sans doute insuffisant
pour souhaiter être réincarné en éponge. |