Une nouvelle fois, le Gulf Stream, ou plutôt la circulation
thermohaline dont ce courant transatlantique n'est qu'une branche,
provoque des remous. Le réchauffement pourrait, en effet, être
partiellement compensé pendant dix ans par une baisse des températures
océaniques en Europe et en Amérique du Nord. Telle est la conclusion
plutôt provocatrice d'une étude publiée jeudi dans la revue Nature.
L'équipe de chercheurs menée par Noel Keenlyside, du Leibniz
Institute of Marine Science en Allemagne, fonde cette affirmation sur
les résultats d'un nouveau modèle qu'elle a mis au point. Celui-ci
permet de mieux connaître l'impact sur le réchauffement de la
circulation thermohaline, également baptisé «tapis roulant». Ce courant
part des tropiques et remonte vers les hautes latitudes où, une fois
refroidies et salées, les eaux plongent en profondeur avant de
redescendre vers le sud. Selon eux, ce courant devrait se ralentir.
Avec pour effet un refroidissement des eaux de l'Atlantique nord. Leur
constat se base sur les relevés de la température de surface des eaux.
Or les scientifiques pensaient jusqu'à présent que seule l'observation
des eaux en profondeur permettrait d'alimenter les modèles.
«Nos résultats montrent que les températures globales risquent de se
stabiliser ou se refroidir au cours des dix années à venir du fait de
fluctuations naturelles, mais à long terme les températures devraient
continuer à augmenter», concluent les scientifiques. En clair, le répit
pour la planète ne serait que de dix ans. Une évolution susceptible de
tempérer ouragans, canicules et intempéries. Sans pour autant altérer
la tendance à long terme au réchauffement.
Résultats «encourageants»
Tout en jugeant ces résultats «encourageants» sur l'amélioration des
prévisions, Richard Wood, climatologue au Met Office britannique,
estime dans un commentaire à ce sujet dans la revue Nature, que «des
points substantiels méritent clarification». Et de mettre en garde :
«La circulation thermohaline ne dépend pas seulement de la température,
mais également de la salinité des océans.»
Ce n'est pas la première fois que l'hypothèse d'un ralentissement de
ce courant océanique est avancée, relançant les spéculations sur les
risques de refroidissement qu'un tel phénomène est susceptible
d'induire. C'est le chercheur Harry Bryden, du Centre océanographique
national britannique, qui l'avait lancée avec fracas en 2005. Si l'on
en croit ses travaux, le courant, ou dérive, Atlantique nord aurait
déjà perdu un tiers de son intensité depuis le milieu des années 1950.
Paul Tréguer, directeur scientifique du réseau européen de chercheurs
Eur-Oceans, est réservé sur ce point. Selon lui, la dérive Atlantique
nord n'est pas, contrairement à une idée reçue, la seule responsable de
la douceur de nos côtes. On estime en effet généralement que ce courant
justifie les 15 °C de différence de température hivernale existant
entre Paris et Montréal, pourtant situées aux mêmes latitudes. Or, pour
Paul Tréguer, son rôle serait limité à 20 % dans l'évolution des
températures d'ici à 2050, les 80 % restants étant à ses yeux
imputables à la circulation atmosphérique. De quoi limiter la portée de
ces travaux sur les températures futures du Vieux Continent. |