La proclamation d'indépendance de dimanche,
accueillie dans l'enthousiame par la population albanaise majoritaire
mais rejetée par Belgrade et les Serbes du Kosovo, continue également
de susciter le mécontentement de la Russie.
Et la crainte que la
reconnaissance du Kosovo n'encourage les séparatismes dans le monde a
été exprimée par plusieurs pays européens, membres de l'UE ou non,
également par le Canada et en Asie par des pays comme la Chine et le
Sri Lanka.
Après la journée historique de la proclamation
d'indépendance, fêtée dans les rues de Pristina par des dizaines de
milliers de Kosovars, le premier acte du gouvernement du Kosovo lundi a
été d'envoyer des demandes de reconnaissance.
Celle de
Washington, principal soutien de l'accession du Kosovo à
l'indépendance, a été annoncée par la secrétaire d'Etat Condoleezza
Rice.
Les Etats-Unis "reconnaissent aujourd'hui formellement le
Kosovo comme un Etat souverain et indépendant", a déclaré dans un
communiqué Mme Rice, qui se trouvait en Afrique, où le président George
W. Bush effectue une tournée.
Intervenant devant le Conseil de
sécurité de l'ONU, le président serbe Boris Tadic a mis en garde lundi
contre un précédent dangereux qui causera "des dommages irréparables à
l'ordre international".
"Il y a des dizaines d'autres +Kosovos+ à
travers le monde qui attendent que l'acte de sécession de celui-ci
devienne réalité... "Je vous avertis très sérieusement du danger
d'escalade de nombreux conflits existants, du réveil de conflits
dormants et de l'instigation de nouveaux conflits", a-t-il fustigé.
Le
Premier ministre serbe Vojislav Kostunica a annoncé que Belgrade avait
ordonné à son ambassadeur à Washington de quitter les Etats-Unis. La
même mesure a été prise contre tous les pays qui ont reconnu le Kosovo.
Le
Parlement serbe a "annulé" par un vote à l'unanimité la déclaration
unilatérale d'indépendance du Kosovo, déclarant qu'elle violait
l'intégrité et la souveraineté de la Serbie.
Dans la soirée, la France, la Grande-Bretagne et la Turquie ont reconnu le nouvel Etat.
Le
président Nicolas Sarkozy a reconnu le Kosovo "comme un Etat libre et
indépendant" dans un courrier adressé à son homologue de Pristina
Fatmir Sejdiu.
Auparavant, à Bruxelles, après une réunion des
ministres des Affaires étrangères de l'UE, la France, l'Allemagne, le
Royaume-Uni et l'Italie avaient annoncé, de manière coordonnée, leur
intention de reconnaître l'indépendance.
D'autres pays de l'UE ont fait de même, soit un total d'une vingtaine.
Mais
au moins cinq pays de l'UE ne sont pas disposés à reconnaître le
Kosovo, au moins dans l'immédiat: l'Espagne, Chypre, la Grèce, la
Slovaquie et la Roumanie.
La Bulgarie, qui comptait auparavant parmi les opposants, envisage à présent une reconnaissance dans quelques semaines.
En
revanche, Chypre a haussé le ton. L'indépendance du Kosovo est
"juridiquement nulle", constitue "une violation de l'intégrité
territoriale" de la Serbie, et Chypre ne la reconnaîtra "jamais", a
déclaré la ministre des Affaires étrangères, Erato Kozakou-Marcoullis.
La
Roumanie a également réitéré son hostilité. La proclamation kosovare
est un acte "illégal" et Bucarest "ne reconnaîtra pas le Kosovo", a dit
le président roumain, Traian Basescu.
Le Premier ministre Ivo
Sanader a indiqué que la Croatie, qui négocie depuis 2005 son adhésion
à l'UE, suivrait la décision de la majorité des pays de l'Union.
Le Monténégro a annoncé qu'il ne reconnaîtrait pas le Kosovo dans l'immédiat.
Le Canada pays qui a fait face à deux referendums sur l'indépendance du Québec, a annoncé "évaluer" la situation.
Selon
des sources diplomatiques à l'ONU, la Russie est mécontente de la
position de neutralité prise sur le dossier du Kosovo par le secrétaire
général de l'ONU Ban Ki-moon.
L'indépendance du Kosovo a
également été reconnue par l'Albanie, l'Afghanistan et l'Organisation
de la conférence islamique (OCI). En revanche, la Géorgie, alliée
fidèle des Etats-Unis qui a sur son territoire deux républiques
séparatistes pro-russes, a laissé entendre qu'elle ne reconnaîtrait pas
le nouvel Etat.
Dans la soirée, des diplomates de plusieurs pays
à Pristina sont venus à la présidence du Kosovo présenter leurs lettres
d'accréditation.
A Belgrade, plus de 5.000 personnes ont manifesté contre l'indépendance du Kosovo.
Des
manifestations ont eu lieu dans des localités du Kosovo à majorité
serbe. "Le Kosovo est la Serbie pour toujours", ont crié les
manifestants à Kosovska Mitrovica, dans le nord.
Une explosion
s'est produite dans la soirée dans la même ville, près d'un bâtiment
utilisé par la police de l'ONU et l'Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (OSCE). Il n'y a pas eu de victimes.
La
colère des Serbes s'est aussi exprimée à Banja Luka, capitale des
Serbes de Bosnie, où plusieurs milliers de jeunes ont manifesté.