Pour financer la restauration du patrimoine français, le ministre
de la Culture Christine Albanel veut instaurer un prélèvement sur les
nuits dans les grands hôtels.
«À
la première civilisation qui n'ait encore su créer ni ses propres
temples, ni ses propres tombeaux, puissiez-vous être ceux qui feront du
moins le don réel de son propre passé », lançait aux députés le
ministre de la Culture du général de Gaulle, André Malraux, lors de
l'ouverture en juillet 1962 des débats parlementaires sur la loi de
protection du patrimoine. Quarante-cinq ans plus tard, son appel n'a
pas perdu de sa force. «Les moyens budgétaires actuels ne permettent
pas de transmettre dans un bon état de conservation notre patrimoine
aux générations futures», souligne le ministre de la Culture Christine
Albanel. Le dernier «Rapport sur l'état du parc monumental
français», envoyé en fin de semaine dernière aux députés par le
ministère de la Culture, se fait l'écho de ce constat. Il note «une
dégradation sensible de l'état de conservation du patrimoine» . Deux
chiffres révèlent l'ampleur de la détérioration. À la fin de 2007, 42 %
des monuments historiques classés étaient considérés en mauvais état,
voire en péril, contre 32 % cinq ans plus tôt. En conséquence,
le coût des travaux nécessaires à la restauration du patrimoine
français a grimpé en flèche, passant de 7 à 10,7 milliards d'euros. «Il
y a des situations d'urgence, on le sait», ajoute Christine Albanel,
comme l'attestent la cathédrale de Beauvais, qui réclame depuis quinze
ans une intervention de grande ampleur, ou le château de
Champs-sur-Marne, fermé au public depuis l'automne 2006 après
l'écroulement d'un plafond. Mais les moyens manquent à l'État,
qui finance en moyenne à hauteur du tiers les travaux de restauration,
pour soutenir ce vaste chantier. «C'est le nerf de la guerre, il faut
non seulement maintenir l'effort financier mais l'augmenter», déclare
Christine Albanel. Au ministère de la Culture, en ces temps de rigueur
budgétaire, plusieurs options sont étudiées pour alimenter «un fonds de
soutien». Elles vont d'un prélèvement sur les jeux de loterie à une
contribution des casinos, calculée au prorata du chiffre d'affaires.
Une autre idée, déjà avancée par le Groupement des entreprises de
restauration des Monuments historiques, a également retenu
l'attention : la création d'une taxe sur les nuits d'hôtel.
«Un lien naturel entre tourisme et patrimoine»
«Il
existe un lien naturel entre le tourisme et le patrimoine», justifie le
ministre, qui évalue à environ 170 000 le nombre d'emplois indirects
qui tirent profit de la mise en valeur et de l'exploitation du
patrimoine. Selon ses calculs, une «contribution de deux euros» par
nuitée, dans les établissements d'un standing au moins égal à quatre
étoiles, rapporterait près de 50 millions d'euros. «Il y a une vraie
logique à ce financement. Près de 70 % de la clientèle de ces
établissements sont des étrangers, dont bien souvent la visite est en
lien avec notre patrimoine. Et puis, deux euros, c'est la moitié du
coût d'un soda pris dans le minibar de la chambre», relativise-t-elle. La
volonté du ministre de la Culture est de parvenir à une décision
rapidement pour présenter un budget 2009 en forte augmentation. Cette
année, il est de 303 millions d'euros. «Avec 350 millions, on pourrait
faire beaucoup, 400 millions seraient le top du top», dit-elle. Quatre
cents millions d'euros, c'est justement l'objectif fixé par Nicolas
Sarkozy en septembre 2007, lors de l'inauguration de la Cité de
l'architecture. «Ça ne sert à rien d'être si fier du patrimoine
français et de continuer à mégoter pour l'entretenir», avait affirmé le
président de la République. |