S'habiller peut coûter cher. Non seulement aux victimes de la mode
mais également aux employeurs. Mardi, le conseil des prud'hommes d'Albi
a donné raison aux onze facteurs tarnais qui demandaient que leur temps
d'habillage et de déshabillage soit comptabilisé dans leur temps
effectif de travail. Une opération évaluée à six minutes par jour par
les prud'hommes. Thomas Barda, cadre du syndicat CGT qui représentait
les intérêts des facteurs réclamait dix minutes. Depuis la loi Aubry de
2001 sur le temps de travail, les employeurs qui imposent une tenue au
salarié doivent compter le temps passer à se changer comme du temps de
travail effectif ou compenser ce temps avec une indemnisation
financière ou du temps de repos.
«Six minutes pour mettre une veste, cela semble un peu beaucoup»,
argue, non sans humour, l'avocate de La Poste, Virginie Devos. Cette
dernière a tenté de faire valoir aux prud'hommes d'Albi que les
employés de La Poste n'étaient pas tenus de porter un uniforme mais de
respecter un code vestimentaire . «Ils ont le choix entre des tenues
très variées dans le catalogue réalisé par Armor Lux pour l'entreprise.
La Poste n'impose pas une tenue mais uniquement le port d'un signe
distinctif de l'entreprise», indique l'avocate.
Négociations engagées
Les postiers, eux, se réjouissent de la décision des prud'hommes qui
devrait leur rapporter environ 1 320 euros chacun pour les six années
écoulées depuis la loi. Un calcul effectué par Thomas Barba qui se
fonde sur une indemnisation équivalant à 1 euro par jour. «Cette
décision pourrait représenter pour La Poste un total de 300 millions
d'euros pour les 100 000 facteurs français», estime le syndicaliste qui
évoque des centaines de recours hiérarchiques déposés par les facteurs
sur la question du temps d'habillage.
De son côté, La Poste fait valoir qu'elle a engagé des négociations
depuis fin 2006 et que le juge en a pris acte. «Nous sommes parmi les
premiers à avoir engagé une négociation sur ces questions de temps
d'habillage et de déshabillage», indique Daniel Guérin, directeur des
relations sociales à La Poste. Ce qui n'est effectivement pas le cas de
toutes les entreprises. Un fonctionnaire de police indique par exemple
que le temps qu'il passe à revêtir et enlever sa tenue avant l'appel
n'est pas compris dans son temps de travail et ne donne pas lieu à des
compensations. Des pratiques qui pourraient donner lieu à des
réclamations à la SNCF, à la RATP ou chez Air France. C'est déjà le cas
chez Caterpillar, où 581 salariés poursuivent leur employeur pour la
prise en compte dans leur temps de travail de 12 minutes par jour
correspondant au temps d'habillage et de déshabillage. Dans d'autres
secteurs, comme les hôpitaux ou EDF, la question est déjà réglée : le
temps dédié à l'habillage est compté comme temps de travail. C'est
aussi le cas dans le nucléaire. «Cela fait partie de notre code de
travail depuis le début de l'exploitation du site», explique-t-on à La
Hague. En zone réglementée, par exemple, l'enfilage de la combinaison
blanche obligatoire et le contrôle d'entrée prennent dix minutes.
Décidément où va-t-on ? Moi j'étendrais la réforme à toutes les professions à uniforme pendant que j'y suis : les pompiers, la police, le retour de la blouse pour les enseignants (j'en connais qui passeraient des plombes à vérifier s'ils sont bien sapés), les infirmières, les strip-teaseuses aussi ?
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