Panique dans l'industrie du jouet
Thiébault Dromard, le Figaro, 29/11/2007
À trois semaines de Noël, plusieurs fabricants doivent faire face à des retards de livraison de leurs fournisseurs chinois.
Le
rush de fin d'année de l'industrie du jouet tourne à la panique chez
les fabricants à la veille des fêtes. Les consommateurs ne devraient
pas s'en rendre compte, mais en coulisses, la tension est à son comble,
bien au-delà de la normale. En cause, la Chine où sont produits 94 %
des jouets de la planète. Car depuis l'affaire des rappels de jouets
Mattel, l'été dernier, la belle mécanique des approvisionnements s'est
grippée.
«L'ensemble de nos fournisseurs nous ont signalé des retards dans
leur livraison», confie Jackie Pellieux, président de l'enseigne Joué
Club. «Le retard que nous avons constaté en octobre est en grande
partie résorbé», indique, plus rassurante, l'enseigne La Grande Récré.
De leur côté, les fameuses poupées Corolle ont engagé des contrôles
qualité supplémentaires qui ont retardé tout le processus de livraison.
«Notre marque ne supporterait pas une crise de l'ampleur de celle de
Mattel. Nous préférons avoir du retard et garantir une sécurité
maximum», confie la direction des poupées Corolle.
Au total, deux gammes sur huit accusent des retards importants. Ces
contrôles entraînent un surcoût de l'ordre de 3 % à 5 % que la marque
espère pouvoir répercuter sur ses prix en 2008. En attendant, Corolle
s'interroge sur le modèle chinois. «Nous préférons renforcer notre
production en Espagne l'année prochaine que réinvestir en Chine»,
souligne une porte-parole de la société.
Le groupe allemand Steiff, leader mondial de la peluche, vient ainsi
de rapatrier 10 % de sa production chinoise en Allemagne. Ce phénomène
de «relocalisation» est pour l'heure marginal, mais il pourrait
s'intensifier si les problèmes de production se confirment en Chine.
Montrées du doigt dans leur gestion de la crise Mattel, les
autorités chinoises ont décidé de lancer des audits supplémentaires.
Surtout, la Chine tente de limiter le phénomène de sous-traitance en
chaîne. «Nous avons perdu deux sous-traitants en octobre qui ont dû
mettre la clé sous la porte», raconte Joël Richoux, président de Méga
Brands, qui fabrique notamment les figurines Dragons.
Ce fabricant de jouets, qui chiffre à 15 % le surcoût en contrôle
qualité, a décidé de prendre les grands moyens pour ne pas rater ses
échéances. «Nous avons un énorme retard. Pour le combler, l'ensemble de
notre marchandise va prendre l'avion. C'est la seule solution pour que
nous puissions livrer la semaine prochaine les enseignes, La Grande
Récré et Toys'R'us», confie Joël Richoux.
La production revient en Europe
Le groupe Hasbro,
fabricant des figurines vedettes Pet Show (dans le Top 3 des ventes
cette année) confronté à des ruptures de stocks, va également mettre
une partie de sa production dans les avions. Le transport aérien a un
coût sept fois supérieur au bateau, mais la pression des distributeurs
est parfois trop forte et nécessite ces moyens d'urgence. Certaines
enseignes ont menacé d'attaquer leur fournisseur pour rupture
d'approvisionnement, alors que les jouets sont annoncés au catalogue
des magasins.
En attendant, Méga Brands, qui fabrique 85 % de sa production en Chine,
réfléchit à une réorganisation de sa production mondiale. «Les coûts de
production augmentent chaque année en Chine. Depuis un an, les usines
ne tournent plus que six jours sur sept. Les bureaux d'audit sont
débordés et leurs coûts explosent», souligne Joël Richoux. Du coup, son
groupe cherche à rapatrier une partie de sa production en Europe de
l'Est.
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