Sarkozy reçu par Poutine près de Moscou, entre détente et sujets qui fâchent
Nicolas
Sarkozy et Vladimir Poutine se sont efforcés mardi soir, lors d'un
dîner près de Moscou, de mettre un peu de baume sur leurs différends,
avivés par le ton de fermeté adopté par le nouveau président français à
l'endroit de son homologue russe. Pour sa
première visite officielle en Russie, le nouveau locataire de l'Elysée
et le chef de l'Etat russe, qui l'a reçu dans sa résidence de Novo
Ogarevo, dans la banlieue moscovite, ont balayé en trois heures les
principaux sujets qui les ont publiquement opposés ces derniers mois,
comme le nucléaire irakien, le Kosovo ou les droits de l'Homme en
Russie. A l'issue de ce premier rendez-vous,
c'est un Nicolas Sarkozy manifestement satisfait qui est venu, devant
la presse française, faire le compte-rendu d'une discussion qualifiée
de "détendue, approfondie, franche, passionnante".
Alors que la Russie s'oppose, contrairement à la France, à l'adoption
de nouvelles sanctions onusiennes contre Téhéran pour l'empêcher de se
doter de l'arme nucléaire, le chef de l'Etat français a fait état mardi
soir, après son dîner, d'une "convergence" entre les deux pays. "Nos
positions se sont très fortement rapprochées (...) j'ai vraiment senti
une convergence", a-t-il estimé en réponse à une question, se refusant
à plus de détails. Le président Sarkozy a
montré le même optimisme prudent concernant l'avenir du Kosovo, autre
pomme de discorde. "J'ai trouvé chez Poutine une volonté de ne pas
fermer la porte sur une solution qui permettrait d'éviter les
humiliations", a-t-il dit. "Nous avons évoqué une piste qui pourrait
éventuellement permettre de rapprocher les points de vue", a glissé
Nicolas Sarkozy, sans en dévoiler davantage. Si la France y est
favorable, la Serbie et son "parrain" russe refusent catégoriquement
d'entendre parler d'indépendance totale de la province, Moscou agitant
la menace d'un veto à l'ONU.L'ambassadeur
russe à l'ONU, Vitaly Churkin, a prévenu mardi qu'une déclaration
unilatérale d'indépendance par le Kosovo serait "inacceptable"
affirmant que les pourparlers entre la Serbie et les Kosovars albanais
pourraient se poursuivre au delà de la date limite du 10 décembre. Mais
à Londres, le Premier ministre kosovar Agim Ceku a affirmé que le
Kosovo allait se déclarer indépendant dans les jours suivant l'échéance
de décembre si aucun accord n'était trouvé.Les
deux chefs d'Etat ont également discuté de la situation des droits de
l'Homme en Russie, notamment de l'assassinat de la journaliste Anna
Politkovskaïa il y a un an ou de la Tchétchénie, a rapporté M. Sarkozy.
"Nous en avons discuté de façon assez approfondie, assez apaisée",
a-t-il commenté. "Il m'a fait valoir qu'il y avait une spécificité
russe, que la société russe était en train de changer et que c'est
cette évolution qu'il fallait encourager (...) moi, je pense que la
société russe a beaucoup évolué mais qu'il est dommage que cela puisse
être compromis par certains comportements", a-t-il déclaré.Pour
M. Poutine, "La France a été, reste et j'espère, restera un partenaire
privilégié de la Russie dans l'Europe et dans le monde", avait pour sa
part déclaré , suggérant que Moscou n'avait pas encore calé sa relation
avec le nouveau président français, plus critique à l'égard de Moscou
que son prédécesseur Jacques Chirac. En mai,
M. Poutine avait attendu deux jours avant de féliciter le nouveau
président français, signe que Moscou avait mal digéré ses critiques à
l'encontre de la Russie pendant la campagne électorale.Pour
réchauffer l'atmosphère, les deux hommes, qui avaient fait connaissance
lors du G8 d'Heiligendamm en juin, se sont également prêtés, devant les
caméras, au jeu de la complicité et de la détente. On peut faire du
sport ensemble", a lancé le chef de l'Etat russe à son hôte, grand
amateur de jogging. "Tu cours ?", lui a alors demandé Nicolas Sarkozy.
"Non, moi je nage", a répondu Vladimir Poutine. "J'ai une piscine ici,
je vais te faire tout visiter".Vladimir
Poutine a alors invité son hôte à monter à bord de sa voiture, un 4x4
Mercedes, et a démarré sur les chapeaux de roues, tous feux éteints,
pour faire le tour du propriétaire.
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