«Lionel, notre meilleur pied»
Beauxis à l'ouverture, Traille à l'arrière, sont les deux surprises
de la composition de l'équipe de France annoncée pour défier la
Nouvelle-Zélande, en quart de finale de la Coupe du monde. Mais Bernard
Laporte refuse de dire qu'elle est expérimentale. Ses explications.
«
Bernard Laporte, deux questions à la lecture de votre équipe pour
affronter les All Blacks samedi pour le quart de finale. La première
concerne Lionel Beauxis. Pourquoi le lancer lui face aux All Blacks
plutôt que Michalak ou Skrela à l'ouverture ?
Lionel est
un jeune joueur qui monte. Il a été bon durant le Tournoi des six
nations, il l'a encore été face à la Géorgie le week-end dernier. Il me
fait penser à Luke McAlister chez les Blacks. C'est la même génération.
Il ne se pose pas de question. Quand il doit jouer, il joue. C'est le
même tempérament. Et puis c'est notre meilleur pied.
N'avez-vous pas peur que son manque d'expérience fasse peser un poids trop important sur ses épaules avant le match ?
Il
est champion du monde des moins de 21 ans, il a gagné le tournoi contre
l'Ecosse avec nous. Et puis il n'est pas du genre à gamberger. Quand il
rentre contre l'Irlande et que l'on perd, il met un drop sur le poteau,
il donne un coup de pied qui fait marquer. Je ne me fais pas de souci
pour lui.
Quant à Damien Traille, il n'a joué qu'une
fois et seulement quelques minutes à l'arrière en équipe de France.
Pourquoi faire ce pari dans un match aussi capital ?
D'abord,
Damien était d'accord. Ensuite, nous avons toujours dit qu'il faisait
partie de nos arrières potentiels. On a besoin de son jeu au pied dans
le troisième rideau pour contrer celui des All Blacks pour les renvoyer
dans leur camp. Damien nous offre plus de garantie que Clément
(Poitrenaud) à ce niveau et il aura aussi Cédric Heymans à ses côtés
pour le suppléer dans sa tâche avec son pied gauche.
Comment battre ces All Blacks ?
Dans
un match de rugby, les points de rencontres sont incontournables. Il
faudra donc rivaliser avec eux dans les duels, mais aussi en touche, en
mêlée, dans les rucks. On n'existe pas contre eux si on n'est pas bon à
ce niveau.
Qu'avez-vous appris des dernières confrontations face à eux ?
Il
ne faut pas leur donner de quoi nous battre. C'est pour ça que nous
avons étoffé l'équipe avec des jeux au pied long avec Lionel pour
occuper le camp néo-zélandais. Lionel, avec sa longueur de pied,
trouvera les touches et ne nous exposera pas à ces relances qu'ils
affectionnent pour déstabiliser les défenses adverses qui se replacent
mal. Idem pour Damien et Cédric qui couvriront le troisième rideau et
auront pour mission de nous faire sortir de notre camp mais cette fois
ci sur le jeu au pied offensif des Blacks et notamment de Carter et
Kelleher.
Est-ce que votre stratégie sera uniquement d'occuper le camp adverse ?
Bien
sûr que non. On va attaquer aussi, mais pas n'importe comment. Ils
n'attendent qu'une chose, notamment dans la première demi-heure, c'est
que tu t'exposes.
La présence de Michalak, Poitrenaud et Chabal sur le banc étonne...
Leurs
qualités de dynamisme peuvent nous faire du bien en fin de match si
l'on est menés et qu'il faut décoincer la situation. Ces joueurs sont
capables de créer l'exploit, surtout face à une défense un peu
émoussée.
C'était sans doute l'une des compositions d'équipe parmi les plus dures de votre carrière d'entraîneur ?
Effectivement,
parce que les matches à élimination directe commencent, et qu'on ne
peut plus dire la prochaine fois vous y serez... On a essayé d'être le
plus juste et le plus logique possible. On a souvent failli dans les
secteurs du jeu au pied et de l'occupation face à eux. Cette équipe
doit essayer d'y remédier. Après il faudra encore d'autres.»
Recueilli par Renaud BOUREL, à Cardiff
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