Ségolène Royal sort le bazooka. Dans le viseur, Nicolas Sarkozy, mais aussi Martine Aubry et d'autres socialistes. Dans un livre d'entretiens intitulé «Femme debout» (Ed. Denoël, en librairie le 5 février), dont le Nouvel Observateur publie jeudi les bonnes feuilles, et comme le site Bakchich s'en fait l'écho, elle multiplie les phrases acides contre celui qui l'a battu à l'élection présidentielle. «Quand
il m'a reçue à l'Élysée, peu après la défaite, pour parler de l'Europe,
je l'ai trouvé assez médiocre dans le comportement. Il n'y avait pas de
hauteur, d'allure, d'élan, de fair-play. (...) Il était là, les bras
ballants, à m'offrir des chocolats, à essayer de me faire parler de ma
séparation d'avec François Hollande, à dauber sur des journalistes, à
exhiber sa montre et à me dire qu'il était là mais qu'il aurait pu être
ailleurs, à faire du fric», raconte-t-elle.
«Sarkozy, le môme qui a gagné le pompon sur le manège»
Elle
poursuit son portrait au vitriol. «Il est bien plus fade qu'on ne le
croit. Sa force vitale est impressionnante, mais c'est vraiment un
m'as-tu-vu (...) Un petit gamin heureux d'être au milieu de ses
nouveaux jouets, vous savez, le môme qui a gagné le pompon sur le
manège. Avec sa petite étoile de shérif et son pistolet en plastique,
son déguisement de cow-boy», se moque Ségolène Royal. «Il est monté sur
le plus grand cheval et il a décroché le pompon». Une charge violente
dans un ouvrage où elle n'épargne pas non plus certains de ses
camarades socialistes. Martine Aubry ? Elle «me regarde toujours
comme quand j'étais sa sous-ministre. Elle le pense vraiment. Il y a eu
une primaire, une campagne présidentielle, un score plus qu'honorable
et je suis sa sous-ministre. Elle ne me regardera jamais autrement»,
déplore la présidente de Poitou-Charentes. Dans le gouvernement Jospin,
Ségolène Royal avait été ministre déléguée à la Famille, à l'enfance et
aux personnes handicapées, relevant du ministère des Affaires sociales
dirigé par Martine Aubry.
«Lang manipulateur», «Jospin irrationnel» sur le PS
«Je
ne supporte pas les manipulateurs et les geignards... Le summum, c'est
Jack Lang qui a instauré le harcèlement en stratégie de conquête. Dix,
vingt, trente coups de fil, matin, midi et soir. On finit toujours par
céder. Très efficace mais totalement insupportable», ajoute-t-elle
encore à propos de celui qui était pourtant son «conseiller spécial»
pendant la présidentielle… Quant à Lionel Jospin, «il a été un très
grand premier ministre, il est très bon sur beaucoup de dossiers»,
reconnaît-elle. Avant de lui lancer une ultime salve, comme aux autres
: selon elle, l'ancien chef de gouvernement «devient irrationnel sur le
parti. Il mute et perd toute sa grandeur». Ségolène Royal n'en
oublie pas pour autant la prochaine élection présidentielle. Elle
ironise sur Laurent Fabius, en le qualifiant d'abord sérieusement de
«brillant», «probablement l'un des plus cultivés». «Et il reste là,
enfermé, caché maladroitement derrière Martine pour le congrès, et on
se demande bien ce qu'il peut encore espérer», lui assène-t-elle dans
la foulée. Elle étrille également les «éléphants» socialistes :
«la décomposition du PS, au fond, ils s'en moquent (...) Ils pensent
que l'agonie sera tellement lente qu'ils ramasseront inévitablement la
mise.» Finalement, elle ne voit personne lui contester le leadership
pour 2012. «S'il y en a un de meilleur que moi, qu'il y aille, je ferai
même sa campagne. Mais pardon, pour le moment, je ne vois pas». |