Au
lendemain de l'adoption à une écrasante majorité de l'autonomie
élargie, l'incertitude demeure sur la capacité du Groenland à parvenir
à brève échéance à l'indépendance et à exploiter seul les ressources
réelles ou supposées de l'île. Le chef du gouvernement local Hans Enoksen rêve de voir l'île indépendante dans douze ans, pour son "65e anniversaire". Son
ancien ministre des affaires étrangères, Aleqa Hammond, fixe encore
plus près l'échéance, à huit ans, et le président du syndicat des
salariés (Sik), Jess Berthelsen, à quatre ans seulement. Mais
pour le chef de fil de l'opposition, Jens Frederiksen, dirigeant du
parti des Démocrates (opposition), "c'est une illusion de croire que le
Groenland pourra voler de ses propres ailes dans un avenir si proche". "Nous
n'avons déjà pas les moyens de financer les nouveaux domaines que le
Danemark va rétrocéder dans le cadre de ce régime d'autonomie élargie,
à savoir la police, la justice ou encore l'administration
pénitentiaire", commente-t-il. Il relève que "l'indépendance
exige une bonne santé économique" et, dit-il, "ce n'est pas le cas du
Groenland", confronté à des déficits budgétaires successifs. De l'aveu
même du gouvernement local, les caisses seront vides en 2012. Le
Groenland reçoit aujourd'hui des subventions annuelles de l'Etat danois
(3,2 milliards de couronnes ou 430 millions d'euros en 2007), soit près
de la moitié du budget. L'homme politique et écrivain, Finn
Lynge, estime lui aussi "impossible pour un pays de 50 à 60.000
habitants de devenir un Etat indépendant". "Nous sommes tout
simplement trop peu pour fournir le personnel humain nécessaire pour le
développement d'un Etat viable", dit-il. Balayant ce scepticisme,
l'ancien chef du gouvernement Lars-Emil Johansen, un des fondateurs de
l'autonomie interne en 1979 qui régit actuellement le territoire,
insiste: "bien sûr, nous le pouvons", en référence au slogan à succès
du président américain élu Barack Obama. Il avance la souplesse du nouveau régime qui ne fixe pas de date pour la prise en charge de telle ou telle compétence. Le
débatteur des questions de société, Juaaka Lyberth, partage cet avis.
"Il y a 32 domaines que le Danemark va rétrocéder. Mais le gouvernement
en assumera la responsabilité et l'économie lorsqu'il jugera qu'il est
temps de le faire". Le domaine des ressources minérales est le
premier que la coalition gouvernementale (sociaux-démocrates et
libéraux) entend prendre en charge. Car l'île pourrait receler
d'importantes réserves d'hydrocarbures, selon des études américaines.
Et leur accès et leur exploitation vont être facilités par le
réchauffement climatique qui fait fondre la calotte glaciaire qui
recouvre actuellement plus de 80% du territoire. A la veille du
référendum, la compagnie écossaise Cain Energy signait à Nuuk un accord
pour deux nouvelles licences de prospections pétrolières au sud du
Groenland, confirmant l'intérêt des compagnie pétrolières
internationales en dépit des recherches difficiles et coûteuses dues au
climat extrêmement rigoureux. Le gouvernement de Nuuk mise donc
sur les ressources du sous-sol (diamant, or, plomb, zinc, uranium) pour
diversifier son économie aujourd'hui basée essentiellement sur la
pêche, secteur menacé par le réchauffement climatique. "On vend
la peau de l'ours avant de l'avoir abattu car on n'a pas encore
découvert de pétrole et les mines existantes ferment à cause de la
crise financière internationale", rétorque M. Fredriksen. "On ne peut pas bâtir l'avenir d'un pays sur des richesses hypothétiques, ce n'est pas responsable". Mais
les habitants, à l'instar de Kim, qui a fêté jusque tard dans la nuit,
la victoire, estiment qu'"il faut prendre des risques dans la vie".
"C'est maintenant ou jamais pour (...) l'indépendance que tous les
Inuits espèrent au plus profond d'eux-mêmes" |