Faut-il, dans le cadre de la surveillance systématique de la
grossesse, envoyer toutes les femmes enceintes vivre quelques semaines
dans une ferme à la campagne pour prévenir les allergies et l'asthme,
en particulier chez leur futur bébé ? C'est la question que l'on peut
se poser à la lecture d'une enquête étonnante publiée cette semaine
dans l'European Respiratory Journal et qui conclut que les
enfants dont les mères ont vécu au contact des animaux de ferme pendant
leur grossesse ont moitié moins de risque de souffrir d'eczéma et
d'asthme que ceux dont la maman est restée en zone urbaine pendant la
gestation. Si les conclusions pratiques à tirer d'une telle enquête
restent à méditer car la vie à la ferme peut aussi augmenter le risque
de certaines infections, ce travail conforte l'hypothèse suggérée, avec
beaucoup de prudence, que l'excès d'hygiène pourrait être un facteur de
risque d'allergie.
Les chercheurs de l'université de Massey se
sont penchés sur les troubles allergiques de 1 377 enfants âgés de 5 à
17 ans dont la mère vivait dans une ferme pendant la grossesse et les
ont comparés à ceux de 566 enfants de même âge dont les parents
vivaient en ville. Ils concluent que les enfants exposés in utero à
l'environnement d'une ferme ont 50 % de risque en moins de souffrir
d'asthme ou d'eczéma. L'étude fait apparaître également que le risque
est d'autant plus faible que l'enfant continue à vivre au contact
d'animaux domestiques. Il y a quelques années, des chercheurs français
de l'Inserm (unité 408), associés avec des médecins du King's College à
Londres avaient mis en évidence sur une population de plus de 6 000
personnes que le fait d'avoir vécu dans une ferme pendant l'enfance
était un facteur très nettement protecteur contre l'allergie en général
et l'asthme en particulier.
Pourquoi un contact précoce avec les
animaux d'une ferme réduirait-il le risque d'allergie ? La réponse
n'est pas claire. La vie à la campagne augmenterait les possibilités de
contact avec certaines bactéries animales, à travers la consommation de
lait non pasteurisé ou encore lors de contact direct. Ce contact
précoce inhiberait le développement de certaines cellules immunitaires
responsable de différentes manifestations allergiques.
L'excès d'hygiène, facteur de risque
Le
nombre d'enfants asthmatiques ou atteints d'eczéma aurait beaucoup
augmenté au cours des deux dernières décennies dans tous les pays
industrialisés, et semble se stabiliser actuellement. Aucun facteur
précis pour expliquer ce phénomène n'a pu être clairement identifié.
Ont été mis en cause la pollution automobile comme la pollution
intérieure des appartements, l'excès de vaccination, l'introduction
trop précoce de certains nutriments dans l'alimentation, l'insuffisance
de l'allaitement maternel et même l'excès de traitements antibiotiques,
voire d'hygiène.
L'effet préventif de la vie à la ferme dès
l'exposition in utero est intéressant, car il conforte l'hypothèse
décriée et a priori choquante que l'excès d'hygiène puisse être un
facteur de risque. «Cette étude ne doit pas pour autant inciter les
femmes enceintes à aller s'installer dans une ferme au contact
d'animaux domestiques, estiment les auteurs. Certaines bactéries
responsables de fausses couches chez les animaux peuvent se transmettre
aux humains et provoquer les mêmes complications. De même certaines
déjections animales peuvent présenter des risques pour les femmes
enceintes.»
Il y a quelques mois, des statisticiens calculaient
que, pour la première fois, la population mondiale était
majoritairement urbaine et non plus rurale. Reste à savoir si cette
évolution démographique va contribuer à un essor des maladies
allergiques ou non.
Le Havre d'Athéna :
Déesse de la guerre, mais pas seulement, sortie armée du crane même de Zeus son père, elle est la protectrice des arts, de l'inventivité et des techniques.
Puisse-t-elle apporter à ce blog son génie inventif...