Souhaitant faire disparaître le corps d'un agent de sécurité, un
photographe a retouché son cliché en oubliant une jambe. La société des
journalistes de l'hebdomadaire s'indigne de cette pratique.
Ce n'est pas la première fois que Nicolas Sarkozy est l'objet d'une
retouche photographique de la part de Paris Match. Mais, si lors de ses
vacances américaines de 2007, l'hebdomadaire avait fortement atténué
les bourrelets du chef de l'État en train de faire du canoë ; cette
fois, la photo parait moins avantageuse. Sur le cliché en question,
réalisé par le photographe Pascal Rostain le 12 septembre dernier lors
du passage du Pape à l'Élysée, on distingue, derrière le chef de
l'État, à droite de l'image, une troisième jambe. La photo est parue
dans le numéro de Paris Match en date du 17 septembre 2008. La
jambe en question est celle d'un garde du corps a expliqué le
photographe. «Il y avait la tête d'un ‘mec' du GSPR (groupe de sécurité
de la présidence de la République, ndlr) juste derrière Sarkozy. J'ai
d'abord essayé de la flouter (...) puis j'ai pris moi-même la décision
d'enlever cette tête», a assuré Pascal Rostain. Seulement, le
photographe a oublié d'en faire de même avec la jambe du garde du
corps. Pascal Rostain reconnaît d'ailleurs une «erreur énorme». Jeudi,
la Société des Journalistes (SDJ) de Paris Match a condamné le fait que
la photo ait été retouchée. «L'altération des photos déforme la réalité
et doit être, en ce sens, strictement interdite», a affirmé la SDJ.
«Seules les techniques traditionnelles de cadrage, de réajustement des
contrastes, des échelles de couleurs, sont tolérées». «Les nouvelles
technologies qui permettent la manipulation des images rendent plus
ténue la ligne qui sépare les faits de la fiction», souligne la SDJ. Le
rédacteur en chef photo de Paris Match, Guillaume Clavières, s'est
quant à lui défendu d'avoir retouché : «Nous l'avons publiée telle
qu'elle nous a été fournie». «À Match, on n'a pas fait attention à ce
pied qui dépassait», a-t-il ajouté. De son côté, le photographe a
confirmé que la retouche de cette photo était «sa décision
personnelle». «J'aurais dû prévenir Match mais pas seulement : j'ai
envoyé le reportage dans 22 pays», a-t-il ajouté. «Quand Match l'a
appris, j'ai pris un savon», a raconté Pascal Rostain avant de donner
son sentiment sur les pratiques en cours. «Il faut arrêter
l'hypocrisie, depuis l'avènement du numérique, les photos (...) sont
évidemment retouchées, on rend nos photos plus esthétiques», explique
ce collaborateur extérieur du journal, régulièrement choisi par
l'Elysée pour suivre le couple présidentiel.
|