Le
roi des Belges Albert II a refusé jeudi soir la démission que lui avait
soumise trois jours plus tôt le Premier ministre flamand Yves Leterme,
illustrant la difficulté à trouver une issue à la crise politique qui
secoue la Belgique depuis plus d'un an.
Le chrétien-démocrate
Yves Leterme, qui avait posé sa démission sur la table dans la nuit de
lundi à mardi faute d'avoir réussi à négocier une nouvelle réforme de
l'Etat belge entre francophones et néerlandophones, est ainsi remis en
selle pour la troisième fois en un an.
Faute de volontaire pour
le remplacer, il devra se remettre au travail et tâcher de trouver
malgré tout la voie du "dialogue institutionnel" entre les deux grandes
communautés linguistiques du pays.
Le communiqué du palais
diffusé jeudi soir ne lui donne pas le choix: "le roi a refusé la
démission du gouvernement et a demandé au gouvernement de promouvoir au
maximum les chances de ce dialogue".
Vu l'impossibilité jusqu'ici
-malgré des mois de tractations -à arriver à un accord sur une réforme
des institutions fédérales du pays, le roi a néanmoins chargé trois
personnalités d'"examiner de quelle manière des garanties peuvent être
offertes pour entamer d'une manière crédible un dialogue
institutionnel".
Ces trois "sages" sont le député francophone
bruxellois François-Xavier de Donnea (libéral), l'eurodéputé wallon
Raymond Langendries (centriste), ainsi que le ministre-Président de la
petite communauté germanophone de Belgique, le socialiste Karl-Heinz
Lambertz, selon un communiqué du palais.
Ces médiateurs auront pour seule mission de préparer le terrain à la réforme de l'Etat.
Ils
auront ainsi la tâche ardue de convaincre enfin les partis flamands, à
commencer par le cartel CDV/NVA dont est issu M. Leterme, de la volonté
des francophones "de s'engager dans une discussion communautaire sans
tabou", commentait tard jeudi soir le quotidien La Libre Belgique sur
son site internet.
Ces trois hommes devront travailler vite pour
montrer que les choses ne s'enlisent pas une fois de plus: ils devront
faire un rapport au roi à "la fin du mois", dit le communiqué de Palais.
Selon La Libre Belgique, ils seront reçus dès mardi prochain par le roi, au lendemain de la fête nationale belge le 21 juillet.
L'impossibilité
de s'entendre sur les conditions d'une réforme de l'Etat est au coeur
de la crise politique qui agite la Belgique depuis les législatives de
juin 2007.
La méfiance est en effet flagrante dans les relations
entre néerlandophones et francophones. Les premiers, les plus nombreux
avec 60% des 10 millions d'habitants du pays, veulent à tout prix
obtenir plus d'autonomie pour leur riche région, la Flandre. Les
seconds les accusent de vouloir faire de l'Etat fédéral une coquille
vide pour mieux faire éclater la Belgique dans un deuxième temps.
De
nombreux analystes s'accordent à pronostiquer pour la Belgique, dont
les institutions fédérales datent de 1993, un avenir confédéral.