George Bush s'apprête à faire un cadeau inestimable à Nelson
Mandela. Celui qui fut le leader du Congrès National Africain (ANC) et
héros de la lutte contre l'Apartheid va pouvoir aller et venir
librement aux Etats-Unis et ne sera plus considéré comme un terroriste
potentiel. Le président américain a reçu du Congrès un projet de loi
visant à retirer des bases de données de l'immigration américaine le
nom de l'ancien prix Nobel de la Paix et va le signer très
prochainement. Jusqu'à présent le nom de Nelson Mandela et celui de ses
compagnons de l'ANC, figurait sur la liste des personnes à surveiller.
Le Secrétaire d'Etat devait certifier que le vieux leader africain
n'était pas un terroriste pour que Nelson Mandela puisse pénétrer aux
Etats-Unis. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice avait expliqué
aux parlementaires en avril que la situation la gênait. «Il est
franchement assez embarrassant de devoir autoriser mon homologue, le
ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, à venir, sans parler
de ce grand dirigeant, Nelson Mandela», avait-t-elle déploré. Pendant
la Guerre froide, les Etats-Unis considéraient en effet l'ANC comme une
organisation communiste souhaitant briser le régime pro-occidental de
l'Afrique du Sud. Depuis la législation introduite dans les années 80,
sous Ronald Reagan, les membres de l'ANC pouvaient se rendre au siège
des Nations unies à New York, mais pas à Washington ou dans le reste
des Etats-Unis. L'ANC, au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994 et
l'abolition de l'Apartheid, a été retiré de la liste des organisations
terroristes il y a plusieurs années, mais étrangement ses membres sont
restés consignés dans les listes de personnalités à surveiller de
l'immigration américaine.
Mandela : «de nouvelles mains doivent soulever le fardeau»
Ce projet de loi intervient alors que Nelson Mandela fêtait vendredi avec quelques semaines d'avance son 90e anniversaire à Londres avec
un concert grandiose. A l'affiche de cet événement destiné à récolter
des fonds au profit de la fondation Mandela contre le sida : Amy
Winehouse, le groupe Queen accompagné de Paul Rodgers, Zucchero, Joan
Baez ou les Sugababes. Un total de 46.664 billets a été vendu, nombre
correspondant au matricule de Nelson Mandela pendant les 27 ans qu'il a
passés en prison. Au milieu du concert de trois heures et demie,
l'ancien président sud-africain, tout de noir vêtu, a pris la parole
pour appeler le monde à poursuivre sa mission. S'appuyant sur une canne
et soutenu par son épouse, d'un pas lent et hésitant, le vieil homme,
souriant mais paraissant très frêle, s'est avancé jusqu'aux micros sous
les applaudissements de la foule, qui a ensuite entonné «Happy
Birthday».»Là où règnent la pauvreté et la maladie, y compris le sida,
là où des êtres humains sont opprimés, il y a encore du travail à
faire», a averti l'ancien prisonnier des geôles sud-africaines. « Nous
disons ce soir, après près de 90 ans d'existence, qu'il est temps que
de nouvelles mains soulèvent ce fardeau. Il est entre vos mains. Je
vous remercie», a-t-il conclu sous un déchaînement d'applaudissements. Au cours d'un dîner caritatif mercredi à Londres, Nelson Mandela avait créé la surprise en rompant un silence de plusieurs années sur le Zimbabwe, dénonçant la «tragique défaillance de la direction» du pays dirigé par Robert Mugabe. |