Des millions de manuels scolaires et d'ouvrages de vulgarisation
scientifique vont devoir être corrigés ou mis au pilon. Contrairement à
ce que les astronomes croyaient depuis des décennies, il se révèle en
effet que la forme de notre système solaire n'est pas ronde mais ovale. «On
pensait que tout était symétrique et simple. En fait, c'est comme si
une main poussait sur un bord du système solaire», a déclaré Leonard
Burgala, chercheur au Goddard Space Flight Center de la Nasa, après les
révélations issues des données transmises par la sonde américaine
Voyager 2, qui se trouve actuellement aux confins du système solaire, à
un peu plus de 12 heures-lumière de la Terre (environ 12,5 milliards de
kilomètres). Lancé en 1977, avec son compagnon Voyager 1, pour
étudier et observer les planètes Jupiter et Saturne, ce vaisseau
s'éloigne de nous depuis trente et un ans à la vitesse de 17 kilomètres
par seconde. L'été dernier, il a franchi le «choc terminal», là
où les vents de particules émises par le Soleil sont brutalement
ralentis par le champ magnétique interstellaire. Au-delà de cette zone
frontière, l'influence des vents solaires diminue avant de disparaître
au niveau de l'héliopause, qui marque la limite extérieure de notre
système planétaire. Ce choc peut être comparé à la rencontre
entre le flux d'eau centrifuge d'un robinet à la surface d'un évier et
du reflux de l'eau accumulée sur ses bords, selon Randy Jokipii, un
astronome de l'université de l'Arizona (États-Unis) qui présente une série d'articles consacrés à cette découverte surprenante et publiés, jeudi, dans la revue Nature.
Une zone limite inattendue
Enveloppé
dans une gigantesque bulle appelée héliosphère, qui va bien au-delà de
l'orbite de Pluton, notre système solaire s'étend, selon M. Jokipii,
sur une distance comprise entre 130 et 150 fois la distance de la Terre
au Soleil (soit environ 20 milliards de kilomètres). La sonde Voyager 1
avait déjà franchi le «choc terminal» en décembre 2004. Mais ses
instruments nécessaires pour mesurer la vitesse, la densité et les
températures des vents solaires n'étaient plus en état de marche. Surtout,
les astronomes de la Nasa ont eu la surprise de découvrir que les deux
engins ont atteint cette zone limite alors qu'ils se trouvaient à des
distances différentes du Soleil. Voyager 2 a franchi la lisière sud du
système solaire en étant éloigné de 12,5 milliards de kilomètres de
notre astre, soit 1,6 milliard de kilomètres de moins que son jumeau
Voyager 1 parti dans la direction opposée. Selon Ed Stone, l'un des
responsables du programme, il semble que le champ magnétique
interstellaire de la Voie lactée frappe le système solaire avec un
angle différent au sud et nord, vraisemblablement à cause de
turbulences liées à des explosions d'étoiles. Les deux sondes mettront
encore plusieurs années avant de sortir définitivement du système
solaire et poursuivre leur lointain voyage sans retour. |