Menton pointu, œil espiègle, maintien parfait et gouaille d'aristo
canaille, Son Altesse Royale, princesse de Savoie, de Venise et de
Piémont, s'offre une pause-thé au lait dans un palace feutré. La voix
est chaude, le vocabulaire choisi et précis. Celle qui démarra chez
Doillon dans un film culte, Le Petit Criminel, n'a rien perdu de sa candeur. Ni de sa passion pour la scène. Après avoir fait chavirer les cœurs dans Irma la douce, elle jouera Guitry, au théâtre Édouard-VII, à partir du 9 septembre.
La difficulté la stimule, les challenges l'enchantent.
Elle aime soutenir les projets improbables, les débutants audacieux. S'embarque dans Mon idole,
le premier Guillaume Canet. Accepte de jouer la mère de Piaf,
personnage ambigu, dans la folle aventure d'Olivier Dahan. Le regard
pétille, la main jongle. Clotilde, concentré d'instinct et de grâce,
est une acrobate princière.
Madame Figaro.
– Vous allez jouer à la rentrée « Faisons un rêve », de Sacha Guitry,
avec Pierre Arditi, et nul n'ignore que vous avez épousé
Emmanuel-Philibert de Savoie, héritier du dernier roi d'Italie.
Comédienne et princesse, comment vous définissez-vous ? Clotilde Courau. – N'oublions pas qu'il s'agit d'une
monarchie non régnante, ce qui change tout. Princesse ? Je le suis
devenue par amour. J'ai épousé avant tout un homme, solaire, charmant,
irrésistible. J'apprends comme je peux à être la femme de ce prince, à
être sa moitié et à construire ensemble une famille.
Il est toujours à vos côtés ?
– Non, il voyage beaucoup, et moi, je continue à faire mon métier,
celui de comédienne. Ce n'est pas toujours simple d'avoir pris la
décision de se marier et de vivre souvent séparés. J'éduque seule nos
deux filles. Cela implique de la responsabilité ; d'être, certains
soirs, l'autorité et la douceur en même temps.
Vous sentez-vous appartenir à cette famille royale et prestigieuse ?
– Elle a fait l'unification de l'Italie, c'est une histoire énorme et
complexe. J'apprends peu à peu par curiosité, respect et désir
de transmettre cette filiation à mes enfants.
Y a-t-il une « étiquette », quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à la vie de Sissi ?
– Rien ne m'est imposé. Sissi vivait dans un château, était
impératrice, moi pas. Nous ne sommes pas pris en charge par l'État,
nous devons travailler pour vivre. Bien sûr, quelquefois, en voyage, il
faut obéir au protocole, mais rien n'est lourd. J'ai appris l'italien à
l'université de Pérouse, et je me considère comme italo-française parce
que je suis devenue folle amoureuse aussi de ce pays, de sa mentalité,
de son âme, de ses contradictions, de sa chaleur, de sa violence, de
son architecture…
Vous arrive-t-il de vous poser des questions ?
– Bien sûr. Je suis partie trois ans en Suisse, pour faire le point. Et
j'ai décidé de continuer à être actrice, passionnément, mais je suis
aussi persuadée que je dois m'interroger, et Emmanuel aussi : qu'est-ce
que cela signifie d'être prince et princesse, aujourd'hui, au XXIe
siècle, dans une monarchie non régnante ? Nous devons comprendre notre
histoire et nous définir aussi dans le présent.
Vous qui venez d'un milieu artistique, avez-vous fait beaucoup de concessions ?
– Je n'aime pas ce mot-là, je préfère le mot « choix ». Dans «
concession », il y a « abandon ». Je parlerais plutôt de maturité,
d'évolution, d'une vraie volonté de m'ouvrir à un univers et d'aimer
cet homme au point d'essayer de comprendre chez lui l'incompréhensible.
Vous savez, nous venons de deux mondes totalement différents.
L'ombre tutélaire de Grace Kelly vous porte-t-elle ?
– Impossible, elle vient d'une grande famille américaine très fortunée.
Le seul point commun avec moi, c'est qu'elle était actrice.
À qui pouvez-vous vous identifier, alors ?
– À Shrek !
À la princesse dans Shrek ?
– Eh bien oui. Elle est très gentille, puisqu'elle tombe amoureuse d'un
monstre. Et dans tous les contes de fées, la princesse est celle qui
est maltraitée de tous mais qui reste élégante jusqu'au bout et que les
plus démunis (nains, animaux de la forêt) prennent sous leur aile pour
la protéger. À la fin, elle est toujours sauvée par un prince.
La réalité est plus cruelle que les contes de fées.. .
– Bien sûr. Le grand-père d'Emmanuel, Umberto II, a été chassé
d'Italie, en exil toute sa vie, et il en a énormément souffert. Eh
bien, il a été d'une telle élégance toute sa vie qu'on en parle
aujourd'hui comme l'un des hommes les plus raffinés,
généreux et cultivés de l'histoire du pays. Je crois à cela : aux gens
absolument princiers et qui le restent toute leur vie.
Dans quoi vous investissez-vous aujourd'hui ?
– Dans tout : ma vie, mes enfants, mon travail, mon homme. Je dis « mon
homme », parce que « mari » ou « époux » font un peu vieillot. Nous
sommes plutôt des partenaires, comme Bonnie and Clyde.
Avez-vous eu la tentation de renoncer au cinéma ?
– Oui, un temps. Puis j'ai essayé de comprendre ma nouvelle vie, ce
qu'on attendait de moi et quelle était ma place. J'en ai conclu que je
pouvais faire de ma position quelque chose de très intéressant : être
comédienne au service d'artistes – activité profondément enrichissante
– et, en même temps, princesse. À ce titre, je peux mettre la lumière
sur des combattants de
l'ombre, soutenir des associations fragiles comme Le Cube de verre ou
Dessine-moi un mouton. Tout cela peut devenir cohérent et harmonieux.
Votre double statut est assez original…
– Désormais, il y a aussi Carla Bruni, dans un autre registre. Elle
continue de chanter et elle a imposé son nom : Carla Bruni-Sarkozy.
Sauf que, dans son cas, le titre de première dame de France est très
concret !
Le Havre d'Athéna :
Déesse de la guerre, mais pas seulement, sortie armée du crane même de Zeus son père, elle est la protectrice des arts, de l'inventivité et des techniques.
Puisse-t-elle apporter à ce blog son génie inventif...