La diminution de la qualité du sperme associée au recul de l'âge
pour avoir un premier enfant chez les femmes vont-ils provoquer une
baisse de la fertilité des couples et à terme une diminution de la
natalité ? À cette question, l'équipe d'Henri Leridon et Rémy Slama de
l'Inserm répond, contre toute attente, par la négative. Mais elle
pointe néanmoins les risques d'une demande en hausse d'aide à la
procréation médicalement assistée liée au retard constant du moment de
la première maternité. Plus d'un couple sur cinq pourrait être bientôt
concerné contre un sur dix aujourd'hui. Avec des conséquences lourdes
pour les femmes car les fécondations assistées restent des techniques
difficiles à supporter. Avec aussi des surcoûts importants pour la
collectivité. Sans oublier les risques liés à la naissance d'enfants
parfois très prématurés. Ces résultats sont publiés dans Human
Reproduction d'avril.
Depuis une quinzaine d'années, les épidémiologistes constatent, à
partir de l'observation de la qualité du sperme des donneurs, une
détérioration de la fertilité masculine dans les pays industrialisés.
Au ban des accusés, les facteurs chimiques comme les pesticides, les
solvants et le tabac. Une précédente étude avait montré que le déclin
progressif de la concentration spermatique sur une période de
quarante-cinq ans pourrait diminuer de 15 % la fécondabilité des
couples c'est-à-dire la capacité mensuelle pour un homme de concevoir.
Déjà depuis une quinzaine d'années, il est acquis que cette baisse est
de l'ordre de 7 %.
Du côté des femmes, l'âge moyen auquel elles ont leur premier enfant
est de 28-29 ans. Alors que dans les années 1970, c'était beaucoup plus
tôt, autour de 24 ans. Dans ce contexte, les deux chercheurs de l'unité
822 consacrée à l'épidémiologie, la démographie et les sciences
sociales, ont mis au point, pour prédire l'évolution de la fertilité
humaine, un modèle de simulation du comportement reproductif en prenant
comme référence 100 000 femmes nées en 1968. Les «filles de 1968» qui
ont quarante ans aujourd'hui ont eu le désir d'avoir un enfant autour
de 25 ans et l'ont eu autour de 26 ans.
Henri Leridon et Rémy Slama ont au préalable intégré une multitude
de facteurs pour rapprocher le plus possible leur modèle de simulation
de la réalité des filles de 1968. Leur modèle a été ensuite soumis à
plusieurs contraintes : une baisse de fécondabilité de 7 %, puis de 15
% du côté des hommes et du côté des femmes un âge moyen de désir de
grossesse retardé de trente mois, voire de soixante-neuf mois (près de
six ans) par rapport à la valeur initiale de 25,1 ans des filles de
1968. «Au final, le nombre d'enfants par femme passerait de 2,00 à 1,92
si la fécondabilité diminuait de 15 %», calculent les scientifiques.
«Et il ne serait que de 1,77 si toutes les femmes reportaient leur
première tentative de grossesse de six années. L'âge moyen à la
maternité (tous rangs confondus) serait alors de 33 ans.»
«Une impatience plus forte»
«Passer de deux enfants par femme à 1,77, c'est peu au plan
démographique mais c'est beaucoup si l'on se place au niveau
individuel», commente Henri Leridon. D'autant que dans la majorité des
cas, du fait de ce retard de l'âge de la maternité il y aura un
allongement du délai pour réussir à démarrer une grossesse. «À 33 ans,
une femme met déjà plus de temps qu'à 25 ans, même si sa fertilité est
normale», explique-t-il. «Or le fait d'augmenter les délais pour
réussir à être enceinte risque de provoquer une impatience plus forte
et une demande accrue d'assistance médicale à la procréation (AMP)»,
poursuit-il.
La baisse de 15 % de la fécondabilité entraînerait de surcroît un
bond de 73 % d'éligibilité à l'AMP compte tenu de l'échec des couples à
procréer pendant plusieurs années. Et le report de six années de l'âge
de la première maternité provoquerait une hausse de près de 80 %
d'éligibilité à l'AMP. Tant et si bien que plus d'un couple sur cinq
serait concerné contre un peu plus d'un sur dix (11,6 %) aujourd'hui.
Or on sait bien que ces techniques médicalisées perdent de leur
efficacité dès 35 ans et qu'à 41 ans il est recommandé du moins en
France d'arrêter les tentatives de fécondation in vitro.
«Les jeunes couples qui retardent toujours le moment d'avoir un
enfant doivent en être avertis», insiste ce chercheur. Et termine par
une boutade : «Avant 35 ans soyez patients, après 35 ans devenez
impatients.»
Le Havre d'Athéna :
Déesse de la guerre, mais pas seulement, sortie armée du crane même de Zeus son père, elle est la protectrice des arts, de l'inventivité et des techniques.
Puisse-t-elle apporter à ce blog son génie inventif...