Il porte le nom du dieu égyptien de la destruction, et pourrait bien
détruire la civilisation. Apophis est un gigantesque caillou qui croise
aux environs de la Terre. Cet astéroïde d'un
diamètre d'environ 250 mètres a été découvert en 2004. Depuis, les
astronomes ne cessent de plancher pour calculer la probabilité d'une
rencontre avec la Terre. Dernier chiffre en date : une chance sur 45.000 (soit 0,0022 %) lors de son passage au plus près de la Terre, le 13 avril 2036. Mais,
coup de théâtre, un adolescent allemand affirmait avoir corrigé les
calculs du Near Earth Object Program de la Nasa. Selon Nico Marquardt,
13 ans, Apophis aurait une chance sur 450 de frapper notre bonne
vieille terre. Une sacrée différence… Faut-il vraiment commencer à
construire des bunkers pour survivre à ce cauchemar ?
« Der Killerasteroid Apophis »
Dormez
tranquille : si ce scénario digne d'Hollywood reste du domaine du
possible, la probabilité calculée par la Nasa reste la plus
scientifiquement valable. Car, contrairement à certaines informations
de presse, les chiffres avancés par Nico Marquardt n'ont jamais été
validés, ni par la Nasa, ni par son homologue européenne l'Esa. Tout
commence le 8 mars dernier, lorsque l'adolescent remporte la
qualification régionale d'un concours scientifique pour enfants nommé «
Jugend forscht ». L'information fait une brève dans le journal local,
le Potsdamer Neueste Nachrichten. Le rédacteur cite le nom du projet
qui lui vaut cette victoire « Der Killerasteroid Apophis », mais aucune
mention de son génial quoiqu'effrayant calcul. Le sujet fait son retour dans les colonnes du journal allemand un mois plus tard, le 11 avril. Dans un article intitulé « Apophis im Anflug »
(Apophis en approche), le Potsdamer Neueste Nachrichten raconte
comment, grâce à des « observations » réalisées à partir d'un télescope
du Astrophysikalischen Instituts Potsdam, le petit génie de
l'astronomie a pu « corriger » la Nasa. Selon lui, les
scientifiques américains auraient oublié de prendre en compte la
possibilité d'une collision d'Apophis avec un satellite géostationnaire
autour de la Terre lors de son prochain passage, prévu en 2029. Un
impact qui aurait pour conséquence, dit-il, d'augmenter drastiquement
la probabilité d'un crash cataclysmique sur Terre. Caution scientifique
: la Nasa aurait dit à l'Esa que le jeune homme avait raison. Un
article du Bild, puis des dépêches françaises et anglaises de l'AFP
suffisent ensuite à donner un écho international à cette séduisante
histoire.
L'Esa dément
Problème : contactée par lefigaro.fr, l'Agence Spatiale Européenne dément
fermement ces informations. « C'est inexact, les chiffres sont faux »,
indique-t-on à l'Esa. Selon l'agence, la confusion viendrait du fait
que Markus Landgraf, l'un des spécialistes es-météorites de l'Esa,
aurait donné quelques conseils sur les calculs de trajectoires au jeune
allemand. Mais en aucun cas il ne s'agirait d'une approbation à ces
nouveaux chiffres. De même, Donald K. Yeomans, responsable du Near
Earth Object Program de la Nasa, a fermement démenti,
qualifiant la nouvelle de «canular». Un démenti officialisé peu après
par un communiqué de l'agence américaine dans lequel la Nasa «maintient
» ses chiffres et affirme que ses services n'ont « pas été contactés et
n'ont eu aucune correspondance » avec le jeune allemand. Au
passage, Apophis a subi une cure de musculation, puisque son poids est
passé de 21 millions de tonnes (selon le catalogue officiel des Near
Earth Object de la Nasa) à 300 milliards de tonnes (selon le journal de
Postdam suivi par les autres médias).
« Aucune menace » pour les satellites géostationnaires
Qui
plus est, la Nasa n'a pas du tout oublié de prendre en compte la
présence des satellites géostationnaires lors du passage du vendredi 13
avril 2029. Dans une étude récente,
ses chercheurs notaient bien qu'Apophis passeraient à 29.470km de la
Terre. Soit plus près que l'orbite géostationnaire, située à 35 786 km,
sur laquelle évoluent quelque 1.120 satellites et autres objets
spatiaux. Cependant, la Nasa soulignait qu'Apophis arriverait avec un
angle d'attaque de 40° par rapport au plan de l'équateur, qui est aussi
celui de l'orbite géostationnaire, qui forme en quelque sorte un «
anneau » autour de la Terre. Apophis ne représente donc « aucune menace
» pour les satellites géostationnaires, conclut l'étude (disponible en PDF). Même
dans le cas d'une collision aussi improbable, difficile d'en déduire
les conséquences pour la trajectoire d'Apophis, dont on ne connaît
encore aucune caractéristique technique avec certitude. Les débris du
satellite se disperseraient probablement sur l'orbite géostationnaire
sans menacer la Terre. «Le rapport des masses en jeu est tel qu'une
collision avec un satellite d'une dizaine de tonnes ne modifiera pas de
manière très sensible l'orbite de l'astéroïde», ajoute Jean-Paul
Berthias, expert senior au Centre National des Etudes Spatiales. Et
certainement pas de quoi modifier la probabilité d'impact d'un facteur
100. Enfin, toutes ces prédictions celles de la Nasa comme
celles du jeune allemand - pourraient être bouleversées par une
rencontre d'Apophis avec un de ses cousins, nommé 2004 VD17, un des 947
astéroïdes « potentiellement dangereux » pour la Terre. L'impact entre
les deux cailloux, une bénédiction pour notre planète, pourrait se
produire en juillet 2034. |