Antibiotiques, hormones, anticancéreux… ces médicaments envahissent
insidieusement les rivières. L'eau de nos fleuves est pourtant de plus
en plus transparente. «Dans les années 1960, c'était des cloaques
infâmes», rappelle Pascal Berteaud, directeur de l'eau au ministère de
l'Écologie. Les stations d'épuration étaient l'exception et les
industries déversaient leurs eaux usées dans les fleuves en toute
impunité.
Après s'être occupé des déchets les plus grossiers, on
s'est aperçu qu'ils ne faisaient que cacher des pollutions plus
diffuses. «On est passé de milligrammes par litre à des mesures en
microgrammes par litre», poursuit Pascal Berteaud. C'est ainsi que sont
entrés dans la danse les métaux lourds, les pesticides, les PCB… des
produits plus compliqués à détecter. Au mieux plus sophistiqués à
traiter, au pire quasiment impossibles à éliminer tels que les PCB
stockés dans les sédiments.
Aujourd'hui, de nouvelles
pollutions, guère plus réjouissantes que les précédentes, émergent. Il
s'agit notamment des médicaments qui s'évaluent en nanogrammes par
litre.
On a ainsi observé des poissons qui changeaient de sexe.
«Il y a certes beaucoup plus de poissons aujourd'hui dans la Seine
qu'il y a quelques années, mais ils ne sont pas tous en très bonne
santé. On constate beaucoup d'altération génétique», constate
Jean-Marie Mouchel, professeur spécialiste de l'eau à l'université de
Jussieu. Certains scientifiques s'alarment. La prise de conscience est
intervenue car les méthodes d'analyse se sont améliorées. En cause, les
rejets humains bien sûr mais également ceux des hôpitaux, de
l'industrie pharmaceutique ou, pire, des élevages. «Depuis que des
campagnes de prélèvements ont été lancées dans différents pays du
monde, on trouve des traces de médicaments partout et tout le temps»,
souligne Jean-Marie Haguenoer, membre de l'Académie de pharmacie, en
charge d'un rapport sur cette question.
Recherches insuffisantes
«Le
plus préoccupant, ce sont les produits de type anticancéreux, les
hormones et les antibiotiques», poursuit le scientifique. Certaines
stations d'épuration peuvent détruire en grande partie les molécules
entrant dans la composition de médicaments, mais parfois «c'est
seulement 40 %», s'inquiète-t-il.
Jean-Marc Audic, l'un des
responsables du centre de recherche de Suez-Environnement, abonde. «La
majorité des composés sont éliminés à plus de 70 % par les stations
d'épuration, en particulier par les plus récentes. Mais il y en a qui
résistent, comme certains perturbateurs endocriniens ou encore les
herbicides», explique-t-il. Autant de composés que l'on retrouve dans
les boues des stations. Que se passe-t-il alors si celles-ci sont
épandues dans les champs ? «On ne connaît pas l'impact», poursuit
Jean-Marie Haguenoer. «Ce qui est effrayant avec les médicaments, c'est
qu'il s'agit de molécules actives faites pour agir sur le vivant»,
ajoute Marie-Hélène Tusseau, chercheuse au Cemagref.
Quant à
savoir si ces traces de médicaments peuvent se retrouver dans l'eau
potable, la réponse n'est pas évidente. «Il n'y a pas de souci avec les
traitements les plus performants», affirme Jean-Marc Audic. «La vérité
est que l'on ne sait pas trop», estime un chercheur. «Dans l'état
actuel des connaissances, je ne pense pas qu'il y ait des risques
majeurs. Il faudrait des années pour que l'on absorbe l'équivalent d'un
traitement complet», estime Jean-Marie Haguenoer. Mais l'urgence à
accroître les recherches est évidente. D'abord parce que nous sommes
dans les pays industrialisés le deuxième consommateur de médicaments
après les États-Unis. Une consommation qui augmente de 3 à 4 % par an.
Seules
quatre ou cinq équipes travaillent directement sur cette question. «Il
faut en faire une priorité en matière de risque environnemental et
éventuellement pour l'homme», poursuit le membre de l'Académie de
pharmacie. Sachant qu'en arrière-plan pointe une autre source de
pollution : les nanoparticules qui entrent aujourd'hui dans la
composition de milliers de produits.
Le Havre d'Athéna :
Déesse de la guerre, mais pas seulement, sortie armée du crane même de Zeus son père, elle est la protectrice des arts, de l'inventivité et des techniques.
Puisse-t-elle apporter à ce blog son génie inventif...