On a rarement vu cela : jeudi, il y aura une double élection à
l'Académie française, et le mois prochain, encore un nouveau vote. Deux
fauteuils sont à pourvoir ce 7 février : ceux d'Henri Troyat et de
Bertrand Poirot-Delpech. La prestigieuse institution n'a jamais autant
été décimée. Aujourd'hui, trente-quatre sièges sont occupés sur les
quarante (trente-trois si l'on tient compte du cas Robbe-Grillet : élu,
jamais reçu). C'est que depuis l'an 2000, dix-sept immortels sont
décédés ; l'année 2007 ayant été particulièrement brutale avec la
disparition de six académiciens. Leurs remplacements offrent à
l'Académie, créée en 1635, la possibilité de se donner un nouveau
visage. Hélène Carrère d'Encausse œuvre dans cette direction. Comment ?
Trois questions se posent.
Faut-il renforcer le poids des
littéraires ? Certains des 34 membres les écrivains en tête aimeraient
voir un peu plus d'hommes de lettres. Dans les coulisses, on s'agite :
Patrick Modiano a déjà refusé. Sous prétexte que Le Clézio n'a pas dit
non de façon définitive, les académiciens ne désespèrent pas de le voir
un jour. Pascal Quignard et François Taillandier ont été plus ou moins
sollicités. Patrick Rambaud aurait toutes ses chances. Il faut savoir
également que les prix littéraires décernés par l'Académie française
jouent un rôle d'indicateur. Hélène Carrère d'Encausse n'a-t-elle pas
affirmé que cette récompense n'est jamais accordée par hasard ? Si on
veut bien la croire, il ne serait donc pas étonnant de voir siéger
Vassilis Alexakis, François Taillandier, Patrick Rambaud, Paule
Constant… Tous sont lauréats du grand prix du roman. De son côté, Alain
Decaux aime à rappeler que le rôle de l'Académie est, aussi, de bâtir
un dictionnaire : «Je reste un traditionnel, et fidèle à l'esprit du
cardinal : il faut qu'il y ait des représentants de toute la société.»
Selon lui, ce qu'il manque aujourd'hui, c'est un ecclésiastique et un
homme de cinéma. André Téchiné avait déjà postulé. On parle de Pascal
Thomas. Tous doivent participer à l'immense chantier du dictionnaire.
Avec Valéry Giscard d'Estaing, l'historien aimerait bien mettre sur
place une «commission grammaire». Avis aux amateurs.
Quelles
femmes séduire ? Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie
française en 1980, résumait parfaitement l'atmosphère au sein de la
Coupole : «une bande de vieux galopins se réunissant tous les jeudis
pour plaisanter ensemble». N'empêche que la bande en question
souhaiterait plaisanter avec un peu plus de femmes. Depuis Yourcenar,
seules Florence Delay, Jacqueline de Romilly, Assia Djebar et Hélène
Carrère d'Encausse ont trouvé place, cette dernière assurant le poste
influent de secrétaire perpétuel depuis 1999. Jeudi, Dominique Bona,
qui postule au fauteuil d'Henri Troyat, a toutes ses chances. À
l'avenir, pourquoi Mona Ozouf, Marie Nimier, Paule Constant ou Diane de
Margerie ne seraient-elles pas admises à un fauteuil ? Leurs noms ont
été évoqués. Un autre nom circule avec insistance : celui de Simone
Veil. Le parcours, la stature de la femme d'État, sa notoriété
plaident pour elle ; certains trouvent qu'il aurait fallu l'accueillir
plus tôt. Acceptera-t-elle de se porter candidate ?
Doit-on
«recruter» davantage de jeunes ? Le débat sur l'âge qui a cours à
l'académie Goncourt va-t-il toucher l'Académie française ? Pour le
moment, la question ne se pose pas. Après tout, Edmond Rostand n'a-t-il
pas été élu à 33 ans, et, plus près de nous, Jean d'Ormesson a été reçu
à 48 ans. «L'âge n'a pas tellement d'importance… , estime Erik Orsenna
(61 ans en mars), mais ce serait bien que je ne sois plus le plus jeune
académicien. Ce que je suis depuis mon élection en 1998.» L'âge ne sera
jamais un facteur décisif sous la Coupole, il n'en demeure pas moins
que les immortels lorgnent vers de fringants cinquantenaires…
Le Havre d'Athéna :
Déesse de la guerre, mais pas seulement, sortie armée du crane même de Zeus son père, elle est la protectrice des arts, de l'inventivité et des techniques.
Puisse-t-elle apporter à ce blog son génie inventif...