Dans l'Arctique, le réchauffement a des effets plus forts que prévu
LE MONDE | 13.12.07
Les prévisions du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat
(GIEC) sur l'élévation du niveau des mers seraient à revoir, selon de
nombreux glaciologues présents au congrès d'automne de l'American
Geophysical Union (AGU), qui se tient à San Francisco (Californie)
jusqu'au vendredi 14 décembre. En cause : la rapidité imprévue du
réchauffement des hautes latitudes. D'après des
résultats présentés par Marco Tedesco (NASA, université du Maryland),
l'été 2007 a vu tomber tous les records de fonte du Groenland. La
surface de la calotte glaciaire ayant fondu au-dessus de 2 000 m
d'altitude est supérieure de 150 % à la moyenne mesurée entre 1988 et
2006. Au-dessous de 2000 m, cet écart à la moyenne a été de 30 %. Le
nombre de journées pendant lesquelles fond la calotte a été supérieur à
la moyenne de vingt-cinq à trente jours, selon les régions.Ces
chiffres vont de pair avec les récentes mesures de la couverture
estivale de la banquise, exceptionnellement réduite cette année (Le Monde
du 19 septembre), ainsi qu'avec les relevés concernant l'océan
Arctique, qui montrent, au nord de l'Alaska et au large de la Sibérie
orientale, "une température des eaux de surface supérieure de 3,5 oC à la moyenne et supérieure de 1,5 oC au maximum historique", selon Michael Steele (université de Washington). Ce
réchauffement d'une ampleur inattendue de l'Arctique ainsi que la fonte
de la calotte favorisent un phénomène récemment identifié : le
"glissement" des glaciers. "Au sommet de la calotte, des lacs de
dégel se forment ; l'eau ruisselle et s'infiltre sous la glace. Elle
contribue à lubrifier le socle de la calotte et favorise l'avancée des
glaciers dans la mer", explique Konrad Steffen (université du Colorado). Cet "écroulement" serait responsable "d'une
perte annuelle de masse d'environ 100 milliards de tonnes de glace,
alors que la fonte en elle-même ne compte que pour une perte de 30
milliards de tonnes de glace". Or ce phénomène n'a pas été
pris en compte dans les dernières estimations du GIEC, qui prévoient
une élévation du niveau des mers de 18 à 59 cm d'ici à 2100. Pourquoi ?
"Simplement parce que les modèles mathématiques capables de prévoir
l'évolution du phénomène dans le futur n'ont pas encore été développés, explique Raymond Pierrehumbert (université de Chicago). La
plupart des glaciologues considèrent désormais que les estimations du
GIEC sont un minimum absolu. Il est certain que la réalité dépassera
ces projections." Au cours d'une conférence sur le
réchauffement rapide de l'Arctique, Mark Serreze (National Snow and Ice
Data Center, Boulder, Colorado) a insisté sur les différences relevées
entre les prévisions et les mesures du réchauffement aux hautes
latitudes. Il estime ouverte la question de savoir s'il restera en
2030, en été, le moindre morceau de glace dans l'océan Arctique.
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