Un gène modulerait le QI des enfants bénéficiant de l'allaitement maternel
LE MONDE | 07.11.07 | 15h19 Mis à jour le 07.11.07
L'allaitement maternel pourrait, dans certains cas, être de nature à
augmenter le quotient intellectuel (QI) de près de 7 points, dans un
éventail compris entre 95 et 105. Telle est la conclusion d'une étude
publiée lundi 5 novembre dans la revue PNAS. Selon ce
travail, dirigé par Terrie Moffitt, professeur de psychologie et de
sciences du cerveau à l'université américaine de Duke (Durham), ce
phénomène ne concernerait que les enfants nourris au sein et porteurs
d'une version particulière d'un gène. Celui-ci, dénommé FADS2, est
impliqué dans le métabolisme des acides gras contenus dans le lait. Cette
recherche a été menée auprès de 3 269 enfants blancs, nés pour une
partie d'entre eux en 1999 et 2000 en Grande-Bretagne et pour l'autre
partie en 1972 et 1973 en Nouvelle-Zélande. Les différences observées
sont indépendantes du milieu socio-économique dans lequel grandit
l'enfant, du QI de la mère et de son âge ou encore du poids du bébé à
la naissance. Après un siècle de controverses récurrentes sur
les rôles respectifs de la nature et de la culture dans le
développement cognitif des individus, les auteurs de ce travail
estiment que leurs résultats permettent, pour la première fois, de
démontrer que le quotient intellectuel est bien la résultante
d'éléments innés et d'autres acquis.
"SURINTERPRÉTATION"
"Cette publication est beaucoup plus problématique que la présentation qu'en font ses auteurs et les PNAS, estime le professeur Jean-Claude Ameisen, président du comité d'éthique de l'Inserm. Il
faut rappeler que le QI n'est que le résultat d'un test d'aptitude
adapté à l'âge de l'enfant. Or dans la discussion qu'ils font de leur
travail, les auteurs ne parlent plus de QI mais d'"intelligence", ce
qui n'est pas du tout la même chose..." Pour le professeur
Ameisen, une série de critiques méthodologiques peuvent être faites
concernant la manière dont les auteurs établissent des moyennes de QI
en fonction des différences d'âge des enfants. "De nombreuses
études indiquent que les différences de QI entre enfants peuvent
s'inverser à partir de l'âge de 12 ans et rien, dans cette étude, n'est
entrepris ou discuté concernant une différence possible entre le
contexte affectif d'un allaitement au sein ou au biberon avec du lait
tiré du sein", ajoute-t-il. Selon lui, les auteurs "surinterprètent grossièrement" la
signification des différences rapportées quand ils mesurent les effets
de l'allaitement et de certaines séquences génétiques et quand ils
hiérarchisent l'"intelligence" de ces enfants. "Aucune conclusion ne peut, valablement, en être tirée quant à l'effet de l'allaitement ou au devenir des enfants", estime M. Ameisen.
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